CAMPAGNES SOLIDAIRES
Campagnes solidaires est le mensuel de la Confédération paysanne, engagé avec les paysans et les acteurs du mouvement social dans l'émergence d'autres mondes possibles. C'est un point de ralliement pour ceux qui veulent comprendre les réalités de la vie et des luttes paysannes dans le monde et ici en Europe. C'est aussi un espace pour ceux qui veulent s'exprimer sur ces réalités et la manière d'agir sur elles. Informer, c'est contribuer au débat sur les sujets de société tels que les OGM, la sécurité alimentaire et la mondialisation... Campagnes solidaires, notre, votre journal, tente chaque mois de restituer les résistances et les espoirs de ces luttes. Nous avons besoin de vous pour continuer ce combat.
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DossierEnseignement agricole : sortir du formatageLes dossiers sont disponibles en téléchargement trois mois après parution
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La responsabilité de l'enseignement et de l'éducation, agricole ou autre d'ailleurs, est souvent pointée du doigt pour dédouaner les acteurs de conduire de véritables changements. Faire porter la faute à l'enseignement agricole qui souffre de difficultés de recrutement, de manque de moyens humains et techniques pour accueillir des jeunes de plus en plus largué.es et d'une véritable boussole politique est un raccourci à éviter. Comme dans d'autres secteurs de la société, la question de la formation agricole initiale est faite de paradoxes et d'injonctions contradictoires. Depuis 2014, l'enseignement de l'agroécologie et des transitions, traduit dans les plans « Enseigner à produire autrement » est censé être l'orientation qui structure aussi bien le contenu de la formation, que la conduite des ateliers d'application « fermes des lycées », ou la nature des partenariats territoriaux que tissent les établissements d'enseignement agricole publics et privés. Or, sur le terrain, les résultats et actions sont loin d'être à la hauteur de cette ambition qui, bien que tardive eu égard aux enjeux, a plus de dix ans. Les causes de ce décalage sont nombreuses. La qualité et la motivation des jeunes apprenant.es ne doivent pas être mises en cause : cette jeunesse fait preuve d'un courage qui force le respect. Mais quelles perspectives s'offrent à elle, dans un contexte global où le mépris des métiers techniques conduit bien souvent encore à considérer les élèves en établissement agricole comme des sous doué.es, dans une réalité où la possibilité de s'installer et de vivre dignement de son métier tient de l'utopie et où s'impose davantage comme unique perspective la prolétarisation avec exploitation quotidienne. En outre, l'imaginaire professionnel agricole est très très largement colonisé par les modes de socialisation et les références des syndicats FNSEA* et JA*. Difficile, voire impossible, pour les enseignant.es bien intentionné.es de concurrencer ces références et l'assurance de faire partie d'un clan qu'elles offrent. Enfin, la difficulté à enseigner à produire autrement tient au fait qu'il est souvent difficile de trouver des fermes supports qui présentent à la fois une durabilité agroécologique, mais aussi économique et sociale. Les défis sont de taille, et ils nécessitent d'être présent.es à plusieurs endroits de ce qui influence l'enseignement : la production de références durables, le soutien aux personnels des établissements et les liens avec leurs organisations syndicales, la promotion d'imaginaires d'un futur désirable et fraternel. Mais d'abord, de s'appliquer à nous-mêmes ce que nous voudrions voir enseigner, car comme le disait Joseph Joubert, essayiste de la période de la révolution française, « la parole entraîne, l'exemple enseigne ». Autrice : Laurence Lyonnais Meslob, paysanne dans le Doubs et enseignante en agroécologie et accompagnement aux changements en lycée agricole |









